Rémy Baget, du guichet du McDo aux portes de l’équipe de France

L'ailier de 25 ans est ici au Japon, lors de l'entraînement de l'équipe de France.


L’ailier de 25 ans est ici au Japon, lors de l’entraînement de l’équipe de France.

AFP

Si vous pariez sur un tel parcours, alors vous passez actuellement des journées paisibles au soleil. Même le réalisateur concerné n’y croit pas. “Totalement improbable”, s’étonnait-il (1) récemment, en se remémorant les heures passées avec Ronald. Une obligation autant qu’un choix. Après deux saisons sportives marquantes, “Baguette” décide de s’investir pleinement pour la dernière chance. Problème : l’école hôtelière est terminée, la maison familiale à Rabastens (Tarn) est trop loin. “J’ai décidé de rester vivre à Toulouse pour mettre toutes les chances de mon côté. Même si ma mère m’a beaucoup aidé, j’ai travaillé un contrat de 25 heures chez McDonald’s pour payer le loyer. »

“C’est important de garder son acuité dans le jeu malgré le changement de statut”

Son entraîneur était dubitatif. “Avant, il était là sans y être”, se souvient Eric Artiguste. Il n’avait pas de motivation particulière. Il s’amusait comme un gosse. Il a créé la vie (sic). Quelques mois plus tard, le technicien rejoint Yannick Bru sur les bords de la Nive. Dans ses bagages : Rémy Baget. Et pour cause, le joueur a réalisé une belle saison avec les jeunes du Stadion. “J’avais envie de le sortir un jour à Agen. Le capitaine Alexandre Loubière (aujourd’hui à Massy) lui a rendu visite : “S’il vous plaît, ne le sortez pas car il perturbe les matchs.” C’était vrai. Rémy est un gars atypique. Vous le voyez dans le coin et chaque fois qu’il touche le ballon, il vous défie. « Pas seulement sur le terrain. Grégory a vu Pat.

“Aucun club ne m’a voulu”

“Rémy fait partie des joueurs qui ont osé m’appeler la saison dernière pour savoir si je comptais sur lui”, raconte l’entraîneur, arrivé aux Rameurs cet été. C’est un signe de maturité. Ses pieds sont au sol. Il a eu des échecs dans le passé. Il n’était pas sûr que l’environnement professionnel le retiendrait. Il est conscient que tout aurait pu s’arrêter avant, il sait aussi que ça peut s’arrêter après. « Il est plutôt calme pour 2024 et la fin de son contrat.

“Je ne veux pas être le joueur d’une bonne saison”

Le déclic final est intervenu face à Toulouse, son club formateur, qu’il retrouvera samedi à 21 heures. Le 15 mai 2021, l’Aviron remporte Ernest-Wallon (28-32) et sort de la zone rouge à deux jours de la fin du championnat. Auteur d’un essai, le Baget peu utilisé bouleverse l’ordre établi. Ce n’était même pas sur la feuille de match. « La veille à l’hôtel, Yannick Bru m’a dit de commencer. Ravouvou est blessé. Les deux prochains matchs seront joués par l’ailier. Pas la prochaine averse contre Biarritz, synonyme de relégation.

Rémy Baget, ici lors de la victoire de Bayonne sur le Stade Rochelais.


Rémy Baget, ici lors de la victoire de Bayonne sur le Stade Rochelais.

Bertrand Lapègue

« Si je ne peux pas le faire en Pro D2, je me suis dit que je n’allais pas combattre ailleurs. J’ai déjà dit à mes amis que c’était fini. Aucun club ne voulait de moi. “Ce n’est pas tout à fait vrai. Carcassonne a avancé grâce à Christian Labito. Son ami Yannick Bru a reculé. Contrat prolongé. D’un an. Toujours. Confiance modérée.

Le rêve bleu

« Vous vous en doutez, nous y sommes ! C’est la réaction que Rémy Baget a partagée avec ses coéquipiers lors de la tournée de l’équipe de France au Japon cet été. Si le Bayonnais n’a pas encore connu son premier manteau, il a découvert un milieu où “rien n’est laissé au hasard”. “Enfant”, il retrouve quelques connaissances comme Rémi Picquette, Bastien Vergnes, Max Spring ou ses deux colocataires, Matthis Lebel et Aymeric Luc.

Merci Cancan, merci maman

“Il est parti de loin”, raconte l’ancien entraîneur du XV de France. C’était un super outsider. Il travaillait, puis s’entraînait, on ne le voyait que lui. A tel point que ses coéquipiers hésitaient à être devant. “Il a le talent d’attendre, de comprendre, d’oser. Et un effectif énorme. Il peut remercier Ludovic Loustau (ancien préparateur physique) pour la dimension athlétique et Cancan (Artiguste) pour la dimension émotionnelle. »

Le personnel l’a affectueusement surnommé “The Boy in Cancan”. “Il voulait le mettre sur la feuille de match à chaque fois”, s’amuse Bru. “Tu m’as mis en colère avec ça, Artiguste fait semblant d’être agacé.” J’ai soutenu sa cause comme d’autres. Cela me parait juste. Il a mis tout le monde dans la misère de l’entraînement. Gerard Fraser, responsable des trois quarts de cette saison, partage le point de vue. Il sera titularisé pour la huitième fois en neuf matches, face à Toulouse samedi. “Il est capable de résoudre de telles situations, il peut décrypter le Néo-Zélandais en un claquement de doigts. Même si son statut a changé, il est important qu’il reste vif dans le jeu.”

“Il a été mis en avant dans l’avant-première des adversaires car maintenant tout le monde sait que Rémy Baget est sur une des ailes et il a de l’audace.”

Et il le confirme dans le Top 14. “Il est mis en avant dans les avant-premières des matchs des adversaires (vidéo coupée) car maintenant tout le monde sait que Rémy Baget est sur l’aile et qu’il est audacieux”, raconte Bru. “Mon objectif est de franchir ce nouveau cap et de ne pas penser à l’équipe de France”, jure le finisseur (1 essai cette saison). Je ne veux pas décevoir mes nouveaux collègues qui m’ont fait confiance. Ou être un joueur d’une bonne saison. « C’est une façon de dire merci à Patricia, sa mère. « Il m’a toujours poussé et encouragé, tout comme mes deux sœurs. L’un a aussi joué au rugby. – Il vient le chercher au lycée de Mazamet, l’emmène en stage à Saint-Orens, vient me voir à Toulouse, puis revient à Rabastens. Certains joueurs ont besoin d’un module familial. Je l’ai. »

En Pro D2, Rémy Baget a fait irruption à l'écran avec 16 essais la saison dernière.


En Pro D2, Rémy Baget a fait irruption à l’écran avec 16 essais la saison dernière.

Bertrand Lapègue

C’est aussi lui qui a convaincu son fils de demander à un ami de la famille à son arrivée au Pays basque. “Il n’a pas osé me demander de le mettre”, raconte Grégory Hecquet. Lui, sa femme et son fils ont été embauchés pour trois mois, « quand il met de côté quelques sous. Et comment découvrir le Pays Basque. Le patron du “comité des fêtes” du groupe de Bayonne s’est vite senti chez lui. Dès ses premières fêtes Mouguerre, il estima au gramme près le poids du jambon de Bayonne gagnant. L’expérience du restaurant est sans aucun doute.

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