“Ça nous permet de travailler et d’oublier un peu la cellule”

Dernière période d’échauffement avant l’ouverture. Le mardi 15 novembre à Marseille, un restaurant unique en son genre ouvrira ses portes : un bistrot situé au cœur de la prison des Baumettes appelé Les Beaux Mets.

>> PADQIS. Gestion subtile des “sorties”, anciens détenus pour terrorisme

En apéritif, où l’alcool est strictement interdit, ce sera un cocktail de fruits by Kaha qui vous accueillera au bar avec un grand sourire : “Bienvenue au restaurant Beaux Mets.” L’apprenti serveur sortira de cette prison des Baumettes en janvier 2023. Mais déjà, il se sent un peu différent. “Faire sortir les gens est une vraie bouffée d’air fraisil explique. Donc il y a des choses que je savais faire, déjà un peu. Et puis, il y a une grosse partie qui m’a appris : le vocabulaire ou comment utiliser certains outils. Ça peut être utile de travailler comme ouvrier dans un restaurant ou un bistrot.”

L'entrée du restaurant Les Beaux Mets à la prison des Baumettes à Marseille, le 14 novembre 2022. (HUGO CHARPENTIER / RADIO FRANCE)

L’air est chaud dans cette petite maison, qui compte une quarantaine de places assises, est agrémentée de décorations. Mais la prison est là, de l’autre côté de la fenêtre : – Les cellules sont devant nous, on les oublie, on n’y pense pas. Karim est dans la cuisine. Il n’a jamais été cuit. Ici, il prépare l’un des plats du menu. “C’est un morceau d’agneaudit Karim. Quand vous êtes dans la cuisine, vous oubliez complètement l’arrestation. Ça nous permet de travailler, d’oublier un peu la cellule.” Il s’est très bien comporté lors des tests. “Les voir aimer le plat me donne envie de continuer. Les voir heureux, rien qu’à voir leur visage, me fait du bien.”

Dans la salle à manger du restaurant Les Beaux Mets à la maison d'arrêt des Baumettes à Marseille le 14 novembre 2022. (CAROLINE DUTRAY)

L’équipe est dirigée par le chef Sandrin Sollier, qui a travaillé dans des cuisines étoilées. “Je suis émerveillé par le travail qu’ils proposent et l’envie qu’ils ont au quotidienil explique. Nous essayons d’être beaucoup plus informés que l’extérieur. Nous pouvons être beaucoup plus durs. Là, on passe beaucoup de temps à comprendre leur fonctionnement afin de les accompagner au mieux tout au long de la journée. Il faut savoir que s’ils sont en détention, ils ne sont pas là pour vous féliciter. Alors quand vous les félicitez, ils ont quelque chose pour eux.”

Chef Sandrine Sollier du restaurant Les Beaux Mets à la maison d'arrêt des Baumettes à Marseille le 14 novembre 2022. (CAROLINE DUTRAY)

De l’autre côté de la salle, les prisonniers sont surveillés par un gardien, Mark Balthazard : “Nous reconnaissons qu’ils sont capables et il suffit d’avoir quelqu’un pour les aider à revenir dans la bonne direction.”

“Je ne savais pas où je mettais les pieds, mais c’est vrai que j’ai plus d’idées sur l’arrestation.”

Marc Baltazard, gardien

sur franceinfo

L’amélioration de l’image du milieu carcéral est aussi l’objectif de ce dispositif. “C’est une occasion unique de lutter contre les préjugésprécise Armand Hureau, directeur de l’association Festins, qui met en œuvre le projet. Allez à la rencontre de détenus qui veulent sortir et qui sont en position professionnelle contre tout ce que le monde carcéral peut exprimer comme un cliché. Seules conditions à respecter : présenter un casier judiciaire vierge et respecter quelques règles, par exemple laisser son téléphone portable à l’entrée.

Restaurant à la prison des Baumettes à Marseille – Hugo Charpentier

écouter



Source

Lire Aussi :  La France insoumise "devrait exclure" le député de son groupe, selon Marine Le Pen

Leave a Reply

Your email address will not be published.

Articles Liés

Back to top button